Le cœur de Danko

Légende Russe par Maxime GORKI

Adaptation Julie Estève

Je vous parle d’un village inconnu du monde, entouré d’une forêt noire et bossue formant comme un ciel criblé de branches.

Des enfants, des femmes, des hommes vivaient ici, dans des campements, au pied des arbres mêlés et impénétrables. Ils regardaient la steppe de l’autre côté, cognée de soleil – une terre de solitude était l’horizon. Un jour, une tribu brutale et belliqueuse les chassa avec des armes, avec des mots sales et définitifs, au fond des bois obscurs. Le village se trouva enseveli dans les profondeurs de la forêt, au milieu d’une jungle de lianes qui avait l’air de vivre et de vipères. Une odeur infecte piétinait l’air, elle remontait des marécages étalés partout. Les arbres s’enroulaient comme des pelotes de laine, condamnant le jour à une nuit infatigable. Je vous parle d’un endroit qui n’avait plus de ciel. La vie était craintive, sombre et affligée. Les couleurs du monde avaient disparu et la nature tenait les gens en laisse. Ils pleuraient, les jours passaient sans espoir et sans rien. La forêt hurlait, poussée par le vent qui giflait la cime des arbres. Toutes les âmes du village s’abîmaient dans la peur et le découragement. Toutes, sauf celle de Danko, le plus joli garçon de la tribu, qui un jour prit la parole pour les siens.

Levons-nous et traversons cette forêt, elle n’est pas sans limite !

Les enfants, les femmes, les hommes se levèrent à leur tour et marchèrent dans les pas de Danko. Devant comme un berger, le jeune garçon ouvrait la route mais la route était un mur de racines cagneuses, un chemin harcelé de défaites. Et plus ils avançaient, plus la forêt devenait mauvaise, furieuse, cruelle. Il y eut des orages pareils à des guerres. La forêt épuisait les corps, elle étouffait les rêves de liberté. Danko, devant comme une boussole, continuait de creuser à travers les griffes de la jungle mais les autres n’y croyaient plus, même leurs larmes n’avaient plus de force. Alors Danko s’arrêta, il écouta son cœur, il écouta la pureté de son cœur, le brasier ardent de son cœur, et un amour incandescent jaillit de ses yeux puis de tout son être. Je vous parle d’un amour immuable. Danko regarda les siens, il arracha son cœur et il le tint très haut. Il couvrit sa tribu de lumière et la forêt se tut. Elle fit la révérence. Les arbres se dénouèrent, les marécages devinrent des points d’eau clairs. Danko avançait, son cœur en l’air, en flamme, il criait « en avant ! » Ce qu’ils trouvèrent après l’enfer, c’est une terre accueillante et des rivières, des herbes hautes et un soleil calme sur eux. Je vous parle d’un cœur en feu. Depuis, les enfants de la tribu l’appellent :

Le cœur nu de Danko.